A la (re)découverte des paysages écossais

3 jours à Dinnet, Aberdeenshire

Après 4h30 de train et de bus, nous arrivons enfin à Dinnet. C’est minuscule et il n’y a personne pour nous attendre à l’arrêt. Où avons-nous mis les pieds ?

Premier réflexe: appeler William, notre hôte, mais ça ne répond pas. Personne en vue, juste un petit hôtel qui a l’air bien vide. Julie y rentre pour une énième pause pipi et demande au passage où se trouve la maison de William qui nous accueillera pour les trois prochains jours à Dinnet. Apparemment, elle se trouve juste un peu plus loin sur la route.

Grillage à l’entrée, une longue allée qui se perd dans les bois et une petite maison de servant abandonnée …  Julie et moi nous demandons si c’est dans un manoir que nous allons passer les prochaines nuits. Nous hésitons à emprunter la route privée et redemandons notre chemin à deux marcheurs. Il semblerait que c’est le bon endroit. Nous commençons à marcher au milieu des bois quand un énorme 4×4 Defender fait irruption. William nous accueille avec un « Hi » chaleureux et un grand sourire. Hop on saute à l’arrière de la voiture, direction sa maison (à ne pas faire avec un inconnu).

Malheureusement, il n’habite pas le manoir mais une petite dépendance à l’arrière. C’est une sympathique maison en pierre. Il y fait froid et humide (William et son frère, Allastair, font des économies de chauffage pour partir en voyage à l’autre bout du monde) mais un bon feu de bois nous réchauffera plus tard dans la soirée. À notre arrivée, une labrador noire nous accueille. Brea ou Bria, nous ne savons pas vraiment comment l’appeler. Elle ressemble comme deux gouttes d’eau à ma chienne ! C’est un peu comme si je retrouvais une partie de mon chez moi. C’est sur, nous allons bien nous sentir ici.

William doit retourner bosser et nous partons, d’une certaine façon, aussi travailler: promenade le long de la rivière avec la chienne et un coucher de soleil splendide. De quoi faire de belles images! Quand nous rentrons chez William, un ami, Sam, l’a rejoint et ils ont tous les deux déjà prévus le programme de la soirée: un petit tour au pub pour deux ou trois parties de billard, un chinois à emporter et un beer-pong à notre retour. La soirée s’annonce très bonne!

Après quelques verres de whisky, je monte me coucher et Julie me racontera le lendemain qu’elle a été admirer le ciel étoilé avec Sam. C’était vraiment beau. Merde, j’ai raté ça. Il faudra que je vois ça avant de partir…

À la découverte de l’Aberdeenshire

Le lendemain, mon estomac est douloureux. Le whisky, c’est vraiment pas mon truc. Mais ça va, je suis en forme pour la journée qui s’annonce. Sam propose de nous conduire « à la montagne ». Ça vaut le détour et en plus, c’est l’occasion de faire ma première randonnée (!!!). Nous arrivons au Glen Muick. Le paysage est vallonné et la vue est à couper le souffle. Le parcours ne me semble pas trop compliqué. Brea nous accompagne à nouveau. Nous avons un peu peur de la perdre ou qu’elle se fasse mal. Elle court dans tous les sens, après tout ce qui est à plume ou à poil. Elle ira même faire coucou à deux cerfs qui s’encourront à son approche et apprécieront moyennement son enthousiasme à se faire des nouveaux potes. Les choses se corsent quand nous commençons à monter. Jusqu’ici, nous avons longer le loch mais si nous voulons avoir un belle vue panoramique du Glen Muick pour notre pause pique-nique, nous allons devoir monter.

Where’s the F …

Première randonnée pour moi. Le challenge est là et je suis prête à grimper. Après quelques mètres (seulement!), ma poitrine est déjà douloureuse. J’ai le souffle coupé et un début de point de côté. J’aurais peut-être dû mieux me préparer physiquement à ce voyage. Mais pas découragée pour un sous, je continue à marcher. 10 mètres plus loin, je suis au bout de ma vie et je n’ai parcouru qu’un quart du trajet. Je me dis que ça serait trop con de ne pas y arriver et je repars… J’ai l’impression que mes bronches brûlent. Je monte lentement mais sûrement. Julie est plusieurs mètres devant moi. Elle monte facilement, à peine essoufflée. Ça a l’air d’être tellement simple. Pétasse. Brea, la chienne quant à elle monte et redescend nous voir, et remonte, et revient voir si on la suit bien. Comme si ça ne lui demandait aucun effort. Connasse.

Après avoir perdu mes deux poumons et les quelques calories englouties au petit déj, soit 40 minutes plus tard, je rejoins Julie au sommet. ON Y EST ! Posée sur un rocher depuis déjà bien 10 minutes, elle a déjà sorti le pique-nique et m’attends pour manger. Ma gorge est tellement serrée d’avoir respiré trop fort l’air froid que je me demande comment je vais réussir à manger. Mais je suis heureuse d’avoir réussi.  Et la vue vaut vraiment la peine. On surplombe toute la vallée.

D’où nous sommes, nous pouvons voir le chemin parcouru. Nous avons quand même bien marché. Une petite dizaine de km en 3h. Pas mal pour une première randonnée. La descente est plus facile même si nous devons faire attention à ne pas glisser. Mes cuisses brûlent à force de devoir ralentir le pas pour éviter la chute.

Un dicton écossais ne ment jamais

Les montagnes se voilent au loin. Mauvais signe. Nous nous remémorons (en noir et blanc) la sagesse qu’un monsieur a partagé avec nous avant de prendre l’avion à Charleroi :

« Si tu vois la montagne au loin, c’est qu’il va pleuvoir. Si tu ne la vois plus, c’est qu’il pleut déjà »

Nous espérons que ça ne sera que passager et que nous n’allons pas être trempées. Au final, ce n’est qu’une petite bruine. Le soleil se couche doucement et il est à peine 15h30. Nous retournons sur nos pas pour rejoindre le point de rendez-vous. William a promis de venir nous chercher vers 16h30 (ish). En l’attendant, nous regardons les rushs des vidéos de la veille pour nous occuper. Il fait déjà nuit et nous commençons à avoir froid.

Et si on regardait les images du feu d’hier pour nous réchauffer ?

FAIL. Ouais, tu parles. Nous sommes toujours aussi gelées. Mais heureusement, des phares apparaissent au loin. Ça ne peut être que William (ou un psychopathe) avec 30 petites minutes de retard. Le feu ouvert, le vrai, nous réchauffera à notre retour à la maison.

Retour au calme … “musculaire”

Après un journée riche en émotions, nous avons opté pour une matinée plus “light”. Nous nous sommes levées à notre aise et avons préparé un petit déjeuner copieux : oeufs sur le plat, pain complet et cheddar. Cela nous a permis de nous poser et de réaliser à quel point nous avons de la chance d’être là, tout simplement. J’ai l’impression que parfois les gens culpabilisent de prendre 2h pour souffler lorsqu’ils voyagent et pourtant je trouve que ça me permet de profiter encore plus de mon expérience et de mes sensations.

Nous sommes parties vers 10h30 nous balader autour du Loch Muir, un parc naturel. L’endroit était beaucoup trop calme et paisible, donc Breha (la chienne) s’est donné pour mission de courir partout. Elle se perd dans les fougères et fait des bonds d’un mètre pour voir ses proies. On n’a jamais compris exactement ce après quoi elle courrait mais on court tous après quelque chose non?

Nous revenons tranquillement vers la maison aux alentours de 15h30 quand William nous appelle :

– Julie, Where are you ?
– We are just on the way back home 5 minutes away from the house I would say, why?
– We are going duck shooting.

Duck shooting ?

Nous voilà parties, le soleil se couchant. Notre chauffeur nous parle de pêche tout en roulant une cigarette et en conduisant avec ses genoux. Impressionnant.

Nous portons toutes les deux des bottes en caoutchouc que William nous a prêtées. Elles sont dix fois trop grandes pour nous et nous avançons difficilement dans l’eau et dans la boue. À peine arrivées à l’abri de chasseur, deux coups de feu retentissent.

Raté.

Il faut attendre plusieurs minutes avant que d’autres canards montrent leur bec. William utilise une sorte de sifflet qui imite le cri des canards pour les attirer. L’efficacité de ce système est sujet à débat mais au moins, ça fait beaucoup rire Cerise. Le chien ne tient pas en place et fait beaucoup de bruit. William passe plus de temps à crier après Breha qu’à tirer.

Un autre détonation et cette fois il vise juste. Il y aura du canard ce soir au dîner.

William nous cuisine un plat digne des plus grands chefs, on s’installe et on déguste. C’est notre dernière soirée avec lui et les discussions sont plus personnelles, plus profondes. Une confiance s’est installée. Nous sommes tous décontractés.

I hate small talks

Il nous confie que pendant deux ans il a travaillé derrière un bureau et que ça lui a permis de réaliser que ce n’était pas fait pour lui. L’appel de la nature et des activités en extérieur est plus fort et chaque jour est une nouvelle aventure. Nous nous reconnaissons dans ses paroles … Il travaille désormais ici à Dinnet comme « ghillie » (une sorte de guide pour pêcheurs) et est passionné par ce qu’il fait. Il a lancé son site Twin Peakes Media (http://twinpeakesmedia.com/) avec son frère jumeau. Ils y publient des photos et quelques vidéos de leur passion, le fly fishing, qu’ils pratiquent aux quatre coins du monde. Voilà quelqu’un qui semble avoir trouvé le F et ça nous inspire.

Notre hôte, chasseur et pêcheur, se révèle être aussi un poète. Il nous récite quelques vers que nous savourons une bière à la main, au coin du feu. Cette dernière soirée est PARFAITE.

Nous n’avons pas vu l’heure passer. Il est 1h30 du matin.. Notre bus part à 7h demain.

Time to sleep. Night night sleep tight.

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Life is an incredible adventure
or its nothing at all

Julie a décidé de me crever ces derniers jours. Après avoir passé une journée off dans les transports jusque Fort William, nous décidons que grimper sur le Ben Nevis serait une bonne idée pour nous (re)mettre en jambe (comme on dit). Le monsieur de l’hostel nous le déconseille. Même si nous partons tôt, il nous faudra plus de 3h pour arriver au sommet et encore, il faut parcourir plusieurs km avant d’atteindre le début de la piste qui mène là-haut. Nous n’avons que jusque 14h, heure à laquelle notre bus pour l’île de Skye démarre… Nos plans doivent être changés. Le gentil gérant de l’auberge nous propose plusieurs autres alternatives. Nous choisissons au final un parcours dans le Glen Nevis.

Le lendemain matin, nous nous levons tôt pour pouvoir faire le plus de chemin possible avant 14h. Petit-déjeuner copieux cuisiné avec amour par Julie : porridge avec des pommes. De quoi nous caler jusque midi. Hop on y go go. En chemin, nous nous perdons un peu et ne trouvons pas le chemin indiqué… Stop au Visitor Center pour demander par où aller. Un sympathique monsieur nous conseille alors une autre route, vers Dun Deardil. Il voit nos appareils photos et nous dit que de là, nous aurions une belle vue sur le Ben Nevis, que ça sera même mieux que de monter dessus.

Le sport ou la photographie… Dans la vie, il faut choisir!

L’ascension est difficile et le brouillard n’arrange pas les choses. Les pentes sont moins fortes qu’au Loch Muick mais durent plus longtemps. De là-haut, nous avons une magnifique vue sur les montagnes et nous nous trouvons au-dessus du brouillard. Heureusement que les nuages sont là pour cacher Fort William, ils rendent nos photographies encore plus magiques. Nous avons l’impression d’être montées haut mais en fait, Dun Deardil ne se trouve qu’à 324m d’altitude. Ben Nevis en fait plus de 1300 …

Quand nous redescendons, le brouillard se retire doucement et dévoile un Fort William plus industriel que nous le pensions. Merci aux nuages de nous avoir caché ça! Nous avons à peine le temps de boire une tasse de thé avant de repartir direction … Portree, Isle of Skye!

Pendant tout le trajet, nous imaginons la chambre du B&B dans lequel nous allons passer ce weekend. Un bain serait le must du must! Et le petit déjeuner compris aussi. Au final, nous n’avons qu’une douche mais la chambre est vraiment spacieuse! Nous allons bien dormir cette nuit.

Le petit déjeuner du lendemain envoie du rêve. Je peux enfin goûter le fameux black pudding! Et c’est un délice et me redonne des forces pour entamer cette nouvelle journée. Aujourd’hui, nous n’avons pas de programme précis. Nous partons sur un parcours imprimé un peu au hasard avant mon départ. On se perd. Un monsieur, nous voyant passer et repasser devant lui, nous demande si nous cherchons à photographier des aigles. Nous lui avouons qu’en fait, nous sommes perdues et qu’on aimerait juste monter en haut du Ben Chracaig. Il nous indique la route pour monter au sommet. Oui, sommet d’une petite montagne de seulement 100m mais très escarpé. Quand je me suis retrouvé à son pied, je ne savais pas trop comment j’allais pouvoir arrivée au-dessus. La fatigue des derniers jours commençait à se sentir dans mes muscles. Mes épaules ont du mal à supporter le poids (bien que faible) de mon matériel photo. Et je ne parle pas de mes jambes… Mais ça va, je me sens en forme, vivante et heureuse d’avoir déjà fait toutes ces randonnées. D’avoir découvert ces paysages.

Comme toujours, ça devient une habitude, après quelques mètres Julie est déjà loin devant moi. Et cette fois-ci, la pente est très abrupte. Au bout d’un moment, Julie demande si ça me dérange de rester là toute seule car elle aimerait continuer à monter. J’aurais pu la suivre mais la pente devenant trop dangereuse sans les mains libres, je préfère rester où je suis pour filmer l’ascension de Julie.

Et c’est à quatre pattes qu’elle atteint le sommet. Pas comme les bébés mais comme la fille de « The Ring ». Non parce qu’elle était essoufflée (c’est pas son genre) mais la pente devenant si glissante que c’était le seul moyen d’avancer en toute sécurité.

Elle rebroussera chemin avant le sommet à cause d’un bouc un peu trop curieux mais surtout menaçant. Il faut dire que Julie a peur de se faire attaquer depuis qu’elle a vu une vidéo d’une journaliste chargée par un bouc dans une prairie paisible…

14h, heure de manger un bout avant de redescendre. On pique-nique les pieds dans le vide, le regard vers la baie. Le ventre plein, nous discutons de choses et d’autres avant de reprendre la route.

Si on va en Nouvelle Zélande … Non, plutôt, quand on ira en Nouvelle Zélande !

Si on fait du kayak sur le lac … Non, plutôt, quand on fera du kayak !

Julie se reprend à chaque fois. Elle positive et veut que ses rêves et ses projets se réalisent. Alors pourquoi parler en « si » quand on peut planifier ces choses-là ? Autant en parler concrètement pour qu’elles aient des chances de se réaliser. Si on ne refait pas le monde avec des si, on ne le construit pas avec non plus.

Comme nous ne voulons jamais nous rendre la vie facile, au lieu de redescendre par là d’où on venait, on décide de descendre le long d’un torrent. Ça c’est de l’aventure! Nous rigolons beaucoup.

Le torrent débouche dans la baie. Là, assis entre deux gros rochers, nous croisons deux hommes en train de se préparer du thé sur un feu improvisé. Le soleil se couche et nous ne nous attardons pas. La lumière sur la baie et sur le port de Portree est magnifique. L’occasion pour Julie de prendre de beaux clichés.

La suite sur Where’s the F … 

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