23 ans et toutes les cartes en main ?

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Fin des études, lancement dans la vie active, grosses débrouilles et petites galères (ou le contraire, peut-être). « Être jeune diplômé » aujourd’hui n’a plus le même sens qu’il y a une dizaine d’années. Avant, faire des études supérieures signifiait se donner des chances de réussir dans la vie active mais aujourd’hui, n’est-ce pas au fond qu’une « manière » de retarder notre entrée dans le monde du travail. 

Jeune diplômée, tout juste 23 ans, cela semble être une bonne réussite. Une ligne droite, sans bosse et sans détour … Mon entrée dans le monde du travail semble tout tracée. Avec un CV qui n’est pas pour déplaire, je ne me sens pourtant pas prête à affronter cette vie active. En tout cas, pas par le chemin que la société souhaiterait que je prenne: stage d’attente, courses après les annonces et les jobs à la clé, frustration face aux nombreuses non-réponses ou sentiment de sur-qualification par rapport aux jobs demandés. J’en suis même venue à me demander quelle est la nécessité de faire des études. De nos jours, être habile de ses mains apporte une stabilité que mêmes certains hauts diplômés n’ont pas… « Des éboueurs, on en aurait toujours besoin! Il n’y a pas de sots métiers » me répétait encore et encore ma mère pour positiver pendant mes longs blocus.

Cet été, entre cinq lettres de motivation et une recherche sur references.be, j’ai lu un article du Huffington Post (lien) qui m’a beaucoup interpellée. Il parle de ces jeunes qui se sentent perdus dans leur vie, bloqués entre deux âges, deux situations, et qui sont en perte de repères. Est-ce typique de notre génération ? Je ne pense pas. Mais cela influence peut-être plus notre plan de vie que les générations précédentes …

Version française : « Nous sommes les jeunes de 23 ans. Nous sommes ceux qui agrippés à leur chaise de bureau ne se sentent pas à leur place dans ces habits d’adultes. Nous traversons les rues les yeux sur nos écrans, cherchant désespérément un signe qui nous dirait que les gestes que nous posons sont adéquats. Nous travaillons dur, nous ne sommes pas sûrs que ces beaux diplômes en valent la peine, et nous entretenons des rapports avec des personnes que nous ne sommes pas certain d’aimer, dans un seul souci de se sentir moins seul. »

English version: « We are the 23-year-olds. We are the ones squirming in our chairs at the office because we still feel awkward in our grown-up clothes. We strut through city streets with eyes cast toward our screens, desperately seeking any source that will tell us the decisions we’ve made are valid. We work hard in jobs we aren’t sure we want to make those fancy degrees feel worth it, and we date people we aren’t sure we love to make everything feel less lonely. »


La période
entre 20 ans et 28 ans est souvent synonyme d’une étape: la fin de nos études, notre entrée dans la vraie vie, l’âge du véritable passage à l’âge adulte. Je me reconnais dans cet article du Huffington Post, et j’y reconnais beaucoup de personnes de mon entourage. Nous sommes largués, nous ne savons pas vers quoi nous voulons aller et nous savons que l’avenir ne sera pas radieux. En même temps, nous n’avons pas le choix. La vie continue, il faut bien la gagner. Tout ce que nous savons, c’est que nous voulons pas vieillir.

S’épanouir dans notre quotidien

Nous ne voulons pas vivre pour gagner de l’argent, car pour nous, le travail est synonyme de passion, ou s’il ne l’est pas, il nous y mènera. Nous ne sommes pas tous derrière le bureau fantasmé lors de nos études… Certains ont trouvé un emploi mais à 100 lieues de leur diplôme. D’autres joignent les deux bouts en cumulant 3 jobs de pigistes pour pouvoir payer leur loyer. C’est ça se donner la chance de réussir et de vivre le job dont on a rêvé.

L’argent n’est plus le point central de notre vie même si nous nous y retrouvons souvent confrontés. Notre métier doit permettre de nous épanouir et non, de nous enrichir. Dans le livre « Génération Y par elle-même », Myriam Levain et Julia Tissier, auteurs du livre et journalistes françaises, développent cette relation conflictuelle que nous avons avec nos revenus et notre plan carrière. Notre génération ne visualise plus en termes d’argent gagné et d’ascension sociale… Cela ne signifie plus grand chose à mes yeux.

Chômage, précarité, crises, nous sommes habitués à entendre ces mots depuis … notre enfance. Nous vivons la crise, nous sommes la crise et elle ne nous fait plus si peur. Fataliste ? Pessimiste ? Non, nous sommes réalistes et nous avons compris que si nous voulons nous épanouir, ce n’est pas de la même manière que nos parents. L’épanouissement et la réalisation de soi sont les seules choses auxquelles nous pouvons encore nous accrocher.

« Pour vivre mal, autant choisir la vie que je veux vivre »

Les deux journalistes soulignent aussi cet autre point significatif de notre génération. Nous ne craignons pas la crise: « … à nos yeux, l’instabilité financière est moins effrayante que de se lever chaque matin pour se rendre au boulot à reculons ». Alors quitte à vivre dans l’incertitude, autant choisir une vie (et principalement, l’emploi) que nous plaît.

Diplôme, boulot, claustro

Dans « Génération Y par elle-même », la parole d’un parent à son enfant, que vous avez sûrement entendue ou dite vous-même, explique particulièrement bien la situation de notre génération : « Dans le contexte économique actuel, le mieux c’est que tu fasses des études … Mais bon, t’attends pas non plus à trouver un emploi à la fin ». Alors à défaut de faire ce pourquoi on a étudié pendant des années, nous préférons courir après nos rêves. Nous sommes d’une certaine façon une génération Peter Pan. Pour la plupart d’entre nous, nous fuyons (en voyageant, en procrastinant, en … courant après le job de rêve, le Saint-graal, un CDI) les responsabilités et les règles trop contraignantes.

Ce n’est pas parce que nous ne voulons pas les assumer ni que nous ne sommes pas capables de nous y « contraindre ». Encore moins, parce que nous voulons rester des éternels enfants. C’est plutôt parce que les responsabilités nous entravent et nous ramènent à une dure réalité: sans emploi, nous payerons quand même des impôts; pour avoir un appartement et des factures, il faut un emploi ou du moins, un semblant de travail à mi-temps; pour avoir un job, il faut accepter d’être payé à un barème inférieur ou travailler dans une société dont on ne partage pas la philosophie. Sommes-nous devenus plus exigeants que nos parents ? Ou le monde du travail est-il plus restreint ?

Certains jeunes baissent les bras et disent « oui » à la première opportunité d’emploi. « Tu t’en trouves un, et tu ne vas quand même pas avoir le culot de le refuser! » ou encore, « de toute façon, il y en a dix autres derrière toi pour prendre ta place » sont des phrases ancrées dans notre esprit lorsque nous sommes face à une réponse positive après un entretien. Tant attendue qu’une fois là, elle nous terrifie. Que va-t-on faire maintenant ?

« Quoi maintenant c’est pour du vrai ? »

Personnellement, terminer derrière un écran à faire un boulot que je n’apprécie pas est un peu ma hantise. Pas que je ne veuille pas faire de « sales boulots », loin delà, mais n’avoir aucune motivation, aucun challenge, à terminer mon boulot, ou encore, de me lever le matin pour y aller, est l’une de mes pires phobies face au monde du travail. J’entends déjà certains se tourmenter « Ces jeunes qui font les difficiles! Je n’ai pas eu le choix il y a des années, j’ai pris le premier emploi qu’on m’a donné ». Peut-être est-ce la voix de la sagesse ? Faut-il abandonner nos rêves et ranger nos grandes ambitions au placard pour « s’en sortir dans la vie » ?

Avoir les moyens de faire ce qu’on veut

Ma philosophie de vie, qui est celle de la génération Y après lecture du livre de Myriam Levain et Julia Tissier, se résume en très peu de mots : me réaliser et être fière dans 40 ans de mon parcours professionnel et personnel, faire mes propres choix, vivre une vie qui m’appartienne, qui ne dépende d’aucune personne sont autant de choses essentielles à mes yeux. Dans « Génération Y par elle-même », les deux journalistes expliquent que la « seule chose qui importe aujourd’hui » la génération Y est le fait de se réaliser par soi-même. Une carrière toute tracée, le mariage, le bébé, ça ne nous intéresse plus. Ce n’est plus notre plan de vie.

A l’aube de cette vie d’adulte, de la « vraie vie » , les jeunes, et moi en autre, nous sentons largués. Le chemin pris par nos parents et grand-parents est aujourd’hui semé d’embûches (Me direz-vous, la vie n’est pas un long fleuve tranquille … oui mais). Actuellement, le marché du travail nous semble toujours plus bouché. Nous sommes 20.000 en quête du Saint-Graal en Belgique et prés de 47,4% des 18-24 ans, à Bruxelles, sont au chômage (Le Soir, « Les #25ans, une génération plus instruite ? ») et nous ne perdons pourtant pas espoir.

Avoir 23 ans …

Aujourd’hui, c’est se demander de quoi sera fait demain … C’est s’endormir en se demandant ce qu’on est en train de faire de notre vie en espérant que le matin apportera les réponses, un signe, un CDD ou un appel pour un entretien…

23 ans, c’est devoir décider quelle vie nous voulons vivre et devoir assumer … Perdre notre insouciance, sinon c’est elle qui nous perdra. Se retrousser les manches et créer son propre emploi, serait-ce là la porte de « sortie » ? La solution au chômage chez les jeunes ?

Nous sommes jeunes, créatifs, qualifiés, pleins d’ambitions et de rêves, travailleurs, inexpérimentés, certes, mais nous ne demandons qu’une chose : que le monde nous donne une chance de réussir.

Version française: « (…) Mais cette crainte persiste et s’insinue, renforçant notre pessimisme. La vie est pourtant bonne, et néanmoins nous ne pouvons pas arrêter de nous inquiéter. Nous nous inquiétons encore plus de ce qui pourrait arriver si un jour nos rêves devenaient réalité. »

English version : « (…) Yet all this fear remains, and it melts us into pessimists. Because life is pretty good, and still we can’t stop worrying. So we worry even more about what will happen to us when there are real things to worry about. »

Sources: Huffington Post, « The Brain On 23 », on http://www.huffingtonpost.com/molly-sprayregen/the-brain-on-23_b_6046888.html?utm_hp_ref=tw // « Génération Y par elle-même » de Myriam Levain et Julia Tissier, Ed. Pocket // Le Soir, Les #25ans, une génération plus instruite ?, on http://blog.lesoir.be/hashtag25/2014/01/06/les-25ans-une-generation-plus-instruite/

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