Dober dan, l’ami

L’air était chaud, quasi moite. Libérée de mon sac-à-dos de 13kg, la chaleur me pesait déjà moins. Une fois au frais dans le taxi, je pouvais me laisser à rêvasser. Les plaines asséchées par le soleil défilèrent rapidement à travers la vitre pour laisser place à des montagnes aux cimes encore enneigées. C’est le 12 juillet, il fait 27°C.

Bienvenue en Slovénie, entre monts et lacs !

Virginie m’avait prévenue : « Tolmin, c’est un peu le Arlon slovène ». Elle ne m’en avait pas dit plus sur les paysages à couper le souffle. Google Images s’en était chargé : eau turquoise des rivières, grandes montagnes des Alpes, lacs avec vues sur des châteaux, chutes d’eaux rafraichissantes. Je m’étais alors imaginé qu’à peine sortie de l’avion à Ljubljana, je verrais ces montagnes. Oui mais non, ce n’est pas si petit mais pas si grand non plus. Trente minutes en taxi et les paysages n’ont pas cessé de changer : plaines verdoyantes, parfois légèrement arides, collines et maisons colorées, monts de plus en plus hauts et enfin, Bled, son lac au creux des montagnes et son château au milieu de l’eau. ET ses touristes !

Heureusement, j’avais proposé à Juliette et Julie de ne visiter Bled que sur notre retour de Tolmin. Éviter la foule était un peu notre but. Nous voulions toutes les trois des montagnes, des lacs, des rivières et des chemins de randonnées où nous préférions croiser un ours qu’un homme. C’est pourquoi nous nous étions décidées pour la petite soeur de Bled, Bohinj et son lac, plus calme et tout aussi resplendissant.

Première étape slovène :
Bohinjska bistricka, Camping Danica !

Jezero, Izvir, Gora, … le slovène est vite entré dans nos têtes rien qu’en lisant la carte. Et puis, certains mots ressemblaient au final au russe : Nasvidenje (Au revoir), Dober dan (Bonjour), Na Zdravje (Santé). Tout ça pour vous dire qu’il n’a pas fallu beaucoup de temps à Juliette pour déchiffrer la carte et nous diriger vers le lac de Bohinj (Bohinj Jezero), notre piscine privée de 3km² le temps d’une pause pique-nique et d’un plongeon.

Pourquoi n’y avait-il personne ce jour-là au lac ? Peut-être parce que les Slovènes sont comme nos chers Écossais et lisent correctement la météo dans les nuages et les montagnes…

Un soleil radieux derrière nous, nous avons tout au long de la journée marché droit vers les montagnes et ses nuages menaçants. Nous les suivions du regard, ils semblaient rester sur les hauteurs, autour des cimes enneigées. Que risquions-nous à monter vers l’une des plus belles chutes d’eau de Bohinj. Une petite pluie, rien d’autre…  Ce qui suivit aurait pu être un début de scénario d’aventures prometteur : trois filles courant sous la pluie battante, à la recherche de la chute d’eau fantastique … qu’elles ne verront jamais. Trop pressées de nous mettre au sec, nous avons loupé de peu la fameuse chute de Bohinj Jezero. Ce n’est que le lendemain en découvrant le flyer promotionnel au camping que nous découvrîmes les vraies chutes. Au moins, nous savons toutes les trois que les mini trails de 5 minutes sous la pluie sont comiques … mais que si ça dure 5 minutes !

Mais contrairement à la Belgique, la pluie ne dure pas plusieurs jours durant. Le lendemain, nous pouvions nous lancer dans une nouvelle randonnée sans craindre la pluie. Un ciel d’un bleu profond nous accompagna jusqu’à une nouvelle chute, tout aussi impressionnante que celle sur papier, et une autre partie du lac, cette fois-ci bondée de slovènes en vacances et de quelques touristes aventureux comme nous.

Deuxième étape slovène : Podmelec, Klavze 28

Un train plus tard, un court trajet entrecoupé de passages sous la montagne, nous débarquons à Podmelec, chez Virginie. Nous apprenons entre deux tunnels qu’il est en fait beaucoup plus simple de voyager en train qu’en voiture dans cette région slovène. Les trains se transforment donc en convoi pour voitures afin de faire gagner du temps à tous les voyageurs. Si vous voyez des conducteurs au volant de leurs bolides sur un train, c’est tout à fait normal en Slovénie !

A Podmelec, le Klavze 28 est le lieu des retrouvailles. Virginie est partie pour mieux revenir y vivre avec Tiefen pendant une année et moi, je la retrouve comme si nous nous étions à peine quittées. Cette maison aménagée par Ben et Steffan est un petit havre de paix à la décoration plus que pointue. Ferrailles usées, meubles vieillis en tout genre et vieux papiers : tout s’y mêle et s’y accorde parfaitement pour donner une atmosphère reposante et authentique. Les murs en pierre blanche rajoutent une touche locale. Il ne manque que les criquets et la lavande pour être en Toscane. On s’y sent rapidement chez soi… Un peu trop vite, peut-être ? Nous sommes accueillis comme des princesses chez Ben. En échange de deux coups de pinceaux, il nous offre le repas et une bouteille de vin au teint orangé. C’est avec un réel plaisir qu’il nous fait découvrir ce vin local dont il raffole et qui est un grand compromis entre son amour du vin blanc et les goûts pour le vin rouge de Steffan.

Nos vies mutuelles vite racontées, nos valises étalées dans notre chambre, nous envisageons le programme de nos trois jours aux alentours de Tolmin : chutes d’eau de Tolmin et de Podmelec à deux pas de la maison, randonnée le long de la rivière Soca vers Kobarid.

Le temps passe vite au soleil. Nous profitons du lieu et des alentours. Virginie nous promène aux quatre bouts de Podmelec et nous raconte ses histoires vécues dans ce petit paradis verdoyant. Entre les petits coups de main et les visites du coin, nous sommes déjà le dernier jour de notre séjour au Klavze 28. Nous revenons de notre journée de marche à Kobarid complètement déshydratées. Bus climatisé à l’air sec, soleil au zénith et température élevée, cette journée nous a fatiguées l’air de rien. Ce n’est pas plus mal. Nous devons nous lever tôt demain matin pour rejoindre Ljubljana en train. On profite de cette dernière soirée avec Virginie (Tiefen étant parti faire un trek en montagne pour le week-end) pour papoter et goûter la dernière invention alcoolisée de Juliette et Julie : un gin Schweppes agrumes. Pas mauvais et plutôt traitre. Il ne nous en faut pas plus pour sombrer dans les bras de Morphée.

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Dernière étape avant le retour : Ljubljana

Nous rebroussons chemin. Les lignes ferroviaires slovènes sont si rares que nous sommes obligées de revenir vers Bohinj pour rejoindre la capitale. Deux heures de train à admirer les paysages défilants, ça ne nous fait pas peur. Du train, nous observons les villes où nous n’avons pas pris la peine de nous arrêter. Bled, Jesenice, Kranj : des flots de touristes entrent et sortent du train. Heureusement, nous nous sommes déjà bien assises, barricadées derrière nos sac-à-dos.

Un couple d’Anglais osera franchir cette barrière de fortune pour s’installer dans notre compartiment et entamer un brin de conversations avec nous. Plongées dans nos livres respectifs, Juliette et moi perdons vite le fil de ces bavardages. Ça parle de voyage en interrail, d’aventures de jeunesse (avant la chute du Mur de Berlin, événement qui changea grandement le tourisme européen et la découverte des pays « du bloc de l’Est ») et d’idéaux de vie.

Le train file entre les montagnes et les plaines. Nous n’avons pas le temps de nous en rendre compte que nous avons déjà traversé la moitié du pays.

Retour à la case départ !

À une différence près, cette fois-ci nous allons y passer la nuit. En dernière minute, Juliette nous a réservé un airb’n’b à deux pas du centre-ville dans lequel nous nous débarrassons de nos sac-à-dos encombrants avant de filer au Burger & Beer festival.

Ce soir, Ljubljana est à la fête. Les festivaliers ont déjà envahi les lieux pour déguster les meilleurs burgers du pays et des bières, locales ou non. Nous découvrons parmi les stands des bières connues, des belges notamment. Mais nous, nous voulons du local et à nos risques et périls et nous nous laissons tenter par un choix de bières assez douteux. L’étiquette est marrante, on fonce ! Ce n’est pas forcément la meilleure idée du siècle.

Pas déçues pour un franc, la dégustation est offerte et nous jetons notre dévolue sur une bière blonde au goût légèrement amer. La sureté avant tout! Les Slovènes s’en sortent pas mal, il faut l’avouer, en brasserie mais ne faisons pas trop d’expériences en une soirée.

Rien de mieux qu’une balade pour bien digérer avant d’aller se coucher, nous nous promenons le long de la Ljubljanica et de ses célèbres ponts. Nous en avons vite fait le tour. Quelques égarements plus tard, nous revoilà sur la place Preseren, la place aux trois ponts. En pleine foule, nous remarquons que Ljubljana est une ville vivante, festive, colorée et presque piétonne. Il semblerait que son centre-ville soit sans circulation automobile. C’était une chouette dernière soirée pour nous qui redoutions de visiter une ville après avoir passé une semaine en pleine cambrousse, au milieu des vaches à cloche et des poules.

Lendemain, nous avons à peine le temps de nous réveiller que nous sommes déjà en route vers l’aéroport. La tête dans le cul, nous continuons notre nuit sur les banquettes  en plastique de la porte 13… C’est à moitié endormie que j’envoie à Virginie un dernier message avant le décollage pour la remercier de nous avoir reçu « chez elle ».

Quand l’avion passe au-dessus des Alpes, Bohinj, Tolmin et Podmelec sont déjà loin au sud-est. Ce voyage a été court, franchement trop court. Nous nous serions bien éternisées à Klavze 28.

C’était une parenthèse, une retrouvaille, un voyage en mode camping entre copines. Je suis fraîche, des souvenirs pleins la tête, pour me relancer dans une autre aventure professionnelle.

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